Comme sur les monts d'Auvergne d'où l'on voit à des centaines de kilomètres à la ronde…

 

Table des matières

Chapitre 1 – 1951, A la découverte du monde…   

Chapitre 2 – 2004, Tremblement d’être…   

Chapitre 3 – La naissance d’une conviction et d’un livre… 

Chapitre 4 – Un long parcours initiatique… 

Chapitre 5 – Prise de décision… 

Chapitre 6 – De l’inconscient au conscient, du mal-être au bien-être… 

Chapitre 7 – L’absence de connaissance et de conscience de soi…  

Chapitre 8 – Une productivité trompeuse … 

Chapitre 9 – 2008, Tremblement de société… 

Chapitre 10 – Place à l’action et à l’imagination…

Chapitre 11 – Entre réalité et utopie, entre conscience et inconscience, l’enjeu ? 

Extraits

CHAPITRE 1

1951

A la découverte du monde…

Je suis né en 1951, un jour de printemps, au pays des grands espaces : l'Auvergne, plus précisément dans une ferme des hauts plateaux du Cantal. Un paradis de nature et de liberté où la propriété privée vous laisse intelligemment la partager au prix, quelquefois, d'un accroc dans votre pantalon, percé par les barbelés qui quadrillent les prés. L'instituteur, le curé et le docteur y sont alors les références éducatives... ainsi que le diable, pour vous aider à croire en Dieu...

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...Malgré ma réputation de bon élève je m’ennuie pendant les cours. À part mon instituteur et un professeur d’histoire passionné et passionnant, je ne me souviens que de professeurs dépositaires uniques du savoir, imposant leur monologue et défendant leur territoire. Je ne comprends pas l’articulation entre toutes ces matières dont je dois saturer ma mémoire. Quel est le lien entre cet environnement purement théorique et la vie réelle? Pourquoi ce cloisonnement des spécialités et ces luttes de clocher?

Moi qui suis habitué aux espaces sans frontières de l’Auvergne, sur ma chaise de classe je deviens claustrophobe et m’évade, par l’imagination, de ces boîtes dans lesquelles on m’enferme. Mon livre de chevet est « Le macroscope* » de Joël de Rosnay. J’y trouve l’approche qui me convient pour découvrir le monde et le décoder. Comme sur les monts d’Auvergne d’où l’on voit à des centaines de kilomètres à la ronde, le Macroscope offre la vision d’un monde global et cohérent à qui veut l’examiner par le grand bout de la lorgnette et avec le recul nécessaire.

Cet ouvrage ainsi que la recommandation de Montaigne souvent ignorée de L’Education Nationale française - « Mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine » - me confortent dans l’idée que l’école ne m’apportera que certains éléments disparates de la grande image qu’est le monde et que ce sera à moi, en autodidacte, d’en découvrir la règle du jeu.

Cette découverte peut parfois s’imposer à vous de façon brutale…

 

CHAPITRE 2 

2004

Tremblement d’être…

Il est 10h ce dimanche soir. Elle est là, assise à même le sol de la cuisine au milieu de nous trois, le regard dans le vague. Elle a un joli teint encore bronzé de ses récentes vacances mais elle est étonnement maigre. Que se passe-t-il dans cette jolie tête encore souriante hier?

Elle a commencé l’université depuis un mois, mais ce soir elle ne se sent pas le courage de repartir. Tout lui paraît compliqué, tout lui paraît insurmontable même l’achat de son billet de train !...

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CHAPITRE 3

La naissance d’une conviction et d’un livre… 

Ma fille est une privilégiée. Elle a eu beaucoup de chance. Le type de clinique dans laquelle elle a été soignée est une exception et est inaccessible à la plupart des malades en raison de son prix et de sa rareté.

Les hôpitaux sont toujours axés sur les soins  psychiatriques et proposent trop souvent un environnement « déprimant » pour le malade et  complètement inadapté. La solution médicamenteuse est souvent la seule pratiquée et ne règle pas l’un des problèmes de fond qui est l’identité de l’individu.

Notre génération de parents, comme les précédentes, n’a pas été préparée à reconnaître et accepter les comportements dépressifs toujours tabous et cachés. Nous sommes des aveugles face à des enfants qui souvent ne communiquent pas leurs troubles. Si notre fille a été chanceuse, nous, en tant que parents, l’avons été également. Elle nous a demandé de l’aider à se soigner. 

Combien de dépressifs sont condamnés à inventer leur propre traitement à base d’alcool et de drogues, légales et illégales, parce que la honte injustifiée des maladies mentales, auxquelles la dépression est associée, et la peur de l’incompréhension de leur entourage les enferme dans un mutisme total ? Combien ont la malchance de rester dans un état dépressif chronique non identifié les laissant sans traitement approprié et avec une frustration et un handicap à vie?

Quel est l’ampleur réelle de ce mal-être caché ? 

Cette souffrance du dépressif que nous avons vue de si près avec ma femme est d’une telle intensité que nous avons besoin de réagir et de partager. En en parlant autour de nous, nous sommes surpris par l’intérêt suscité. Non seulement nous découvrons que chacun connaît des cas de dépression dans son entourage mais que la sensation de mal-être au sein de notre société semble partagée par beaucoup, quelle que soit l’origine sociale. Le tabou de la dépression et du mal-être semblerait presque prêt à céder.

Le témoignage de nos filles et de leurs amis étudiants nous décrit un monde de l’Université anglaise où l’excès d’alcool et de drogue sous toutes ses formes et les troubles extrêmes de l’alimentation font partie du quotidien et n’épargnent aucune classe sociale. Le mal de vivre prend des formes dépressives multiples : obsessions de toutes sortes, agressivité, anorexie, boulimie, dépression clinique, dépression chronique, suicide….

Maintenant les témoignages de mal-être au sein de l’entreprise commencent également à filtrer. Les cas de harcèlement sur le lieu de travail et de suicides font la une des médias.

La consommation toujours croissante et démesurée d’alcool, de drogues et de psychotropes de toutes sortes ne font que confirmer le fait que les états dépressifs ne sont pas des cas isolés.

Plus je partage et plus je ressens un malaise généralisé. Les medias me semblent refléter l’exacte ampleur de ce climat de souffrance. Obnubilés par la mort ils en oublient la vie et la pensée positive et passent leur énergie à collecter les faits morbides, les conflits entre dominants et dominés et les dysfonctionnements, entretenant ainsi, en permanence, un climat négatif et désespérant de peur et d’insécurité. Ce faisant, ils ajoutent, sous forme de harcèlement quotidien, de l’huile sur le feu de la déprime collective. Ils ont exactement le comportement des dépressifs qui ressassent sans arrêt le négatif.

Face à cet état des lieux peu réjouissant, je me sens obligé d’agir, je ne peux plus rester passif, je me sentirais trop coupable vis-à-vis de ma fille et de tous les autres dépressifs laissés pour compte. Il est important pour moi maintenant d’analyser et de comprendre.

Le mérite de toute expérience douloureuse est de vous faire sortir de l’aveuglement entretenu par la routine quotidienne et le formatage éducatif reçu en vous rappelant à la réalité. Cette réalité me met face à un double constat surprenant...

 

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CHAPITRE 4

Un long parcours initiatique…

...En fait, j’étais piégé dans une impasse qui me mettait mal à l’aise. Ma boîte s’était refermée et une étiquette la scellait : « électronicien cherche un emploi ». J’étais devenu un électronicien, moi qui n’en étais pas un. J’étais aussi devenu un employé mais personne ne m’avait expliqué ce qu’était un employé. 

En 23 ans, mes prédécesseurs, pour tout accueil dans ce monde terrien, avaient saturé ma mémoire de théorèmes et d’équations et m’avaient appris le danger de l’autre en tant que compétiteur ! Ils avaient surtout passé ces années à formater mon esprit au « Fais ce qu’on te dit » et ils me disaient maintenant de trouver un emploi.

Ils ne m’avaient, en revanche, rien appris des règles qui régissent notre société, rien du système économique et financier sur lequel reposent ces règles, rien du monde de l’entreprise dans lequel je devais, a priori, désormais évoluer, rien des alternatives possibles à la condition d’employé, rien de la gestion d’un budget et, bien entendu, rien de la sexualité et du planning familial, tabous parmi les tabous. La règle du jeu de la vie réelle en société appartenait au non-dit.

L’école des homo-sapiens m’avait enfermé dans une boîte et la déposait maintenant en plein milieu de l’océan de la vie sans m’avoir appris à nager. Quelle injustice ! L’évasion semblait compromise.

Etait-ce cela devenir grand, avoir le droit de se battre contre les autres plutôt qu’avec les autres? Etait-ce cela la finalité de l’école : assurer le renouvellement à l’infini des comportements belliqueux de l’âge de pierre?

Lors d’une exposition « Le Corbusier », organisée à Bristol en Angleterre en 2008, j’ai trouvé cette conclusion de l’architecte, empruntée à ses mémoires (1963) :

« J’en conclus une véritable terreur des enseignements d’écoles, des recettes, des a priori de droit divin et je fus persuadé de la nécessité d’en appeler à mon jugement personnel. Avec mes économies, j’entrepris un voyage à travers plusieurs pays, loin des écoles. Je commençais à ouvrir les yeux ».

Mon sentiment était identique et ma démarche fut similaire....

 

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...Pour combler ce vide, en quelques mois, j’allais travailler avec les représentants de toutes les fonctions opérationnelles de l’entreprise: les commerciaux, les spécialistes du marketing, les juristes, les techniciens, les administratifs, les financiers, les logisticiens… et ce, à tous les niveaux hiérarchiques.

Si tout le monde parlait et utilisait la même langue : le français, j’ai toutefois été immédiatement confronté au problème de communication entre les différentes fonctions.

Confrontez un spécialiste marketing à un juriste pour transformer une offre commerciale en contrat de vente ou de service et vous réaliserez qu’ils sont aux antipodes. L’un cherche à mettre en valeur son offre pour la vendre quand l’autre cherche à protéger l’entreprise d’hypothétiques clients abusifs. L’un est poussé à la créativité quand l’autre doit s’en tenir strictement aux règles établies. L’un enjolive quand l’autre est d’une implacable rigueur quant à l’utilisation des mots ; ces mots qui n’ont d’ailleurs pas toujours le même sens et le même poids pour chacun d’entre eux.

Les contrats de ventes indigestes que l’on vous demande de signer sont le fruit de cette confrontation où la finalité de l’entreprise : le client, est finalement oubliée!

Ajoutez à ce duo un ingénieur de maintenance avec sa logique opérationnelle de terrain pour les contrats de service et vous arrivez facilement à des réunions qui sont des nœuds d’incompréhension.

Pour informer, il ne me suffisait donc pas de transférer l’information, il fallait aussi la traduire et l’interpréter pour l’expliquer et garantir ainsi la compréhension de tous. Sans cet effort de communication, le dialogue ne pouvait s’instaurer et toute tentative de définition commune de solution et de mise en œuvre était vaine...